On dit que le silence est d'or, mais après dix jours de coma, le silence a surtout un goût de métal et de désinfectant. Quand mes paupières ont fini par accepter de se soulever - une manoeuvre qui m'a semblé aussi complexe que de soulever le tapis de l'Atomium - je n'ai pas vu d'anges, ni de tunnel de lumière. J'ai vu un plafond blanc, très blanc, et un néon qui grésillait avec une régularité agaçante. Où suis-je ? Mon cerveau, ce vieux compagnon qui avait décidé de prendre des vacances sans prévenir, tentait de relancer la machine. C'était comme un vieil ordinateur des années 90: ça rame, ça fait des bruits bizarres, et l'écran reste figé sur "Chargement en cours". - Monsieur ? Vous nous entendez, pouvez-vous voir mon doigt, sentez-vous quelque chose sur la peau...? Une voix. Douce, mais ferme. Une infirmière de l'hôpital Brugmann me surplombait. Dans mon esprit embrumé, une question existentielle a surgi, bien plus urgente que de savoir si j'étais en vie: Est-ce que j'ai manqué le match final de la CAN ? Et surtout, pourquoi est-ce que je porte une chemise de nuit qui s'attache dans le dos et qui laisse passer des courants d'air suspects ? C'est là que le côté didactique de l'expérience vous saute au visage: on ne se réveille pas comme dans les films, frais et dispos, prêt à résoudre une enquête criminelle. Le réveil après un coma, c'est une négociation diplomatique avec chaque membre de son corps. >Dix jours. On m'a annoncé que j'avais "dormi" dix jours. >Pourquoi suis-je revenu ? Pourquoi maintenant ? >J'étais vivant. À moitié nu dans une blouse en papier, incapable de tenir une cuillère, mais vivant. Et à cet instant précis, entre deux bips de machines, j'ai pris ma première grande décision de "revenant" désormais, je n'allais plus jamais regarder le Ciel sans lui dire merci.
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