DAƐWESSU NEɣ - LA MALÉDICTIONDe la rancoeur (ddɣel) à la jalousie (thismine), un peuple sous malédiction Aṭṭan Aṭṭan daɛwessu - Voici la malédiction. - Lounès Matoub, 1978 Un peuple intelligent, courageux, instruit. Une diaspora présente sur trois continents. Des talents en nombre disproportionné à sa démographie. Et pourtant, collectivement, ce peuple-là ne bâtit plus. Ses syndicats se défont, ses associations s'épuisent, ses élites se déchirent, ses chanteurs sont attaqués par leurs. Pourquoi ? L'écart entre les talents individuels et l'impuissance collective n'est pas un hasard. Il a un nom - trois noms, en réalité - dans la langue kabyle elle-même. Ddɣel, la rancoeur silencieuse qui se transmet sans se dire. Thismine, la jalousie diffuse qui empêche de se réjouir du succès du proche. Daɛwessu, la malédiction prononcée par des bouches humaines et qui, comme l'avait crié Matoub à vingt-deux ans, vient visiter les villages. Cet essai documenté déploie un diagnostic fraternel mais sans complaisance, nourri de sources kabyles, anthropologiques, historiques, philologiques. Il a rencontré à propos de l'héritage ottoman, le miroir québécois, les figures unitaires (Lalla Fatma N'Soumer, Mokrani, Aït Ahmed, les Amrouche), et propose, dans la même langue qui a nommé les maux, les trois antidotes que les anciens connaissaient: ssmaḥ (le pardon), tiwizi (l'entraide), daɛwa l-khir (la bénédiction). Un livre écrit non pas contre les Kabyles, mais parce qu'on les aime - et qu'aimer un peuple, c'est cesser de lui mentir.
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