Publié en 1896, Les plaisirs et les jours rassemble nouvelles, poèmes en prose et portraits mondains où se dessine déjà l'art proustien de saisir les nuances de la mémoire, du désir et de la souffrance amoureuse. Sous une élégance parfois précieuse, nourrie de symbolisme fin-de-siècle et de l'exemple d'Anatole France, le livre observe salons, villégiatures et consciences inquiètes avec une ironie mélancolique. Ses fragments annoncent À la recherche du temps perdu par leur attention aux impressions fugitives, aux hiérarchies sociales et aux révélations intimes. Marcel Proust, alors jeune écrivain issu de la bourgeoisie cultivée parisienne, fréquente les salons aristocratiques dont il transpose ici les rites, les vanités et les séductions. Sa santé fragile, son hypersensibilité et son attachement à la mère favorisent une écriture tournée vers l'analyse intérieure. Encore avant la grande architecture romanesque de la Recherche, il expérimente des formes brèves, mêlant autobiographie voilée, pastiche moraliste et méditation esthétique. Il faut recommander ce volume non comme une ¿uvre mineure, mais comme un laboratoire lumineux. Le lecteur y trouvera le charme d'une prose raffinée et la naissance d'un regard qui transforme les plaisirs mondains en connaissance douloureuse du temps. Pour comprendre Proust à l'état naissant, c'est une porte d'entrée précieuse et subtile.
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