Gabriel Valmont avançait lentement sous le rideau des chênes. La forêt de Saint-Aubin le recevait comme une vieille blessure acceptée: les sentiers connaissaient ses pas, les racines s'inclinaient à sa fatigue, les senteurs humides le tenaient éloigné des paroles des hommes. Il tenait sa canne, une branche de hêtre polie par des années d'usage, comme on tient une mémoire. À cinquante ans, il marchaît encore avec la raideur d'un homme marqué par le deuil; son dos se courbait par habitude, non par fragilité, et la jambe gauche le rappelait sans cesse à la prudence, comme un instrument qui se souvient d'un accident ancien. Il avait appris à lire la douleur; elle lui dictait le nombre de pas, la cadence, le repos.
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