Je crois cette période noyée, volontairement ou non, dans une sorte de brouillard, celui-ci jetant sur l'épopée napoléonienne comme sur l'image de Paoli, l'un tout jeune officier, l'autre septuagénaire souffreteux, un voile dissimulant des réalités moins glorieuses que celles qu'on aime à mettre en avant. Que l'expédition fût un échec militaire, soit. Que cet échec fût celui de la naïveté, soit aussi. Qu'il mit en évidence l'impréparation totale des bataillons qu'on envoyait au combat, c'est une réalité. D'autant qu'on ne s'improvise pas fusiller marin de la marine à voile ! Que cette expédition cumula erreurs, malchance, négligence des conseils de Constantini, et désordre, et un choix discutable de certains officiers, c'est certain. Qu'on puisse douter de l'engagement réel de Paoli pour lui permettre de réussir, pourquoi pas, encore que rien ne soit sûr. Paoli faiblement enthousiaste, Cesari modéré par lui, la thèse existe. Mais ce ne sont pas les militaires, finalement, qu'ont mit en cause, ni leur ministres successifs.. On transforma progressivement cette aventure en épisode d'une lutte politique à mort. L'option anglaise apparaissant comme la réponse à la Convention Montagnarde mise en place en Juin 1793. Bonaparte répondant finalement en étant le héros de Toulon quelques mois plus tard, et triomphant en devenant général de brigade en décembre 1793. C'en était fait: Paoli et ses amis étaient hors la loi, livrés aux anglais et Napoléon était passé du statut de Lieutenant déserteur probable en janvier 1792 à celui de Général en décembre 1793. Dix-huit mois qui engendrèrent deux années qui changèrent tout.Alors on évoquera l'attachement réel de Paoli à l'Angleterre et à ses institutions, qui le taraude d'autant plus que la tête de Louis XVI tombe (21 janvier 1793), en pleine campagne sarde. On évoquera le choc, la provocation, liés au débarquement des commissaires de la république. On pourra imaginer l'expérience de la défaite de 1769 comme génératrice de la rupture de 1793-94.. Mais toujours, les anglais crurent possible d'aider Paoli, ou du moins de le ramener dans leur camp. A fortiori lorsque la perte de Toulon - grâce à Napoleon - pouvait donner à la Corse le statut de substitut stratégique pour la flotte anglaise. Paoli préférait sans doute le régime britannique à ce qu'il pouvait comprendre comme l'anarchie française.. en se mettant sous la protection des uns, il rentrait directement en guerre contre les autres, donnant raison à Marat. Mais Paoli surestima la valeur de la protection.. Les anglais ne laissèrent jamais plus de mille soldats pour y pourvoir et les corses ne furent jamais citoyens britanniques, tout juste de provisoires sujets.
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