Ils parlaient de vivre ensemble pendant trois mille ans. Mathilde avait déjà une maison, des filles, une mère, un travail, une vie dense. Lui croyait aimer assez pour y trouver sa place. Il aidait, il prêtait, il attendait peu, croyait-il. Il appelait cela aimer. Il ne voyait pas encore ce que cet amour charriait avec lui: le besoin de compter, d'être choisi, de devenir nécessaire. Puis il y a une scène de trop. Quand Mathilde le quitte, elle ne lui laisse ni grande explication ni scène finale. Seulement une limite nette, et une image de lui-même qu'il ne reconnaît pas tout à fait: un homme dont elle a peur. Restent les fleurs déposées trop tard, les croissants refroidis sur un siège de voiture, une dette financière, des messages, la honte, et l'obstination d'un homme qui confond encore l'amour avec la réparation. Ni explication, ni réparation, ni retour est le récit d'une chute intérieure. Non pas l'histoire d'un homme quitté, mais celle d'un homme qui découvre trop tard qu'on peut aimer profondément et devenir malgré tout un lieu que l'autre ne peut plus habiter. Un roman sur la place qu'on cherche dans la vie de l'autre, sur ce qu'on appelle amour quand s'y mêlent la peur, le besoin et la honte, et sur la seule vérité qui reste quand il n'y a plus rien à sauver.
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