À l'origine de ce livre, une série de divertissement, The 100. Elle ne prétend pas réinventer la philosophie politique, mais elle dépeint avec une justesse rare une question qui ne la quitte jamais: jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour protéger les nôtres ? Le même dilemme traverse notre époque, mais à l'échelle de la planète. Nous n'avons jamais été aussi puissants, ni aussi incapables de nous garantir un lendemain. La guerre est revenue, le climat se dérègle, une poignée d'hommes peut effacer une ville, des plateformes décident de ce que nous tenons pour vrai, et de plus en plus de gens renoncent à parier sur demain, jusqu'à ne plus faire d'enfants. Le problème n'est pas que l'homme soit devenu mauvais. C'est que nos outils sont devenus planétaires quand nos instincts sont restés tribaux. En quatre temps, Trop puissants pose un diagnostic clinique: l'homme réel, tribal et faillible; la faillite des anciennes confiances (le droit, l'expertise, les médias, la monnaie); les risques devenus irréversibles (nucléaire, climat, intelligence artificielle); puis la reconstruction. Car le livre refuse autant la panique de l'effondrement que la naïveté technologique. Sa thèse est froide et ingénieuse: on ne réforme pas l'espèce humaine, et il est un peu tard pour commencer. Ce qui peut nous tenir, ce ne sont pas de meilleures intentions, mais de meilleures architectures: des systèmes qui rendent la coopération plus rationnelle que la trahison. Des règles qui coûtent cher à violer, des pouvoirs que l'on peut auditer et quitter, plusieurs centres plutôt qu'un seul. Un essai pour qui veut regarder notre âge d'angoisse en face sans s'y noyer, et en ressortir avec l'envie féroce de reconstruire. Non pas un homme nouveau. Une meilleure architecture.
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